Bonsoir Arnaud.
Très intéressantes réflexions.
Arnaud a écrit :2. La dernière prestation de Bernard Bilis au plus grand cabaret du monde. Le jour ou Bilis a présenté WOW, dans les jours qui suivirent, de nombreuses demandes du même tour m'ont été soumises. Il est facile de dire qu'ils connaissent déjà le tour et que nous ne copions pas des collègues. Mais dur d'échapper à un tour avec WOW
J'ai bossé souvent dans des pays Anglo saxon ou il y a des magiciens très médiatiques, il est alors très compliqué de suivre. En France, nous n'avons que Bilis et c'est envisageable
Je n'y avais pas pensé.
Mais n'est ce pas la dedans que doit venir se nicher le travail artistique.
Si ma prestation est clonée sur ce qui se fait ailleurs, peu de chance que j'échappe à la comparaison.
N'est ce pas au magicien de travailler son univers ou sa personnalité pour faire oublier Billis ou le magicien à la mode médiatique?
Arnaud a écrit :Dans le cas de l'effet avec une carte perdue et retrouvée, c'est sur que à petite dose, cela peut passer mais avec toujours la même règle qui est de générer dans l'esprit du spectateur une fin probable qui est à mille lieux du véritable climax. Si nous terminons comme le spectateur l'imagine, nous n'arrivons à rien de bon (C'est d'ailleurs une des raisons principale de ne pas faire 2 fois le même tour car le spectateur connait la fin) Dans cette optique l'impossibilité dont tu parlais est pour moi cette divergence totale entre fin imaginée et climax réel.
Pourtant, répeter le même effet, donc effet annoncé, c'est la base de l'ambitieuse.
Peut être que les conditions de travail et le public ont changés, mais lors de mon bref passage dans le monde du table à table en situation professionnelle j'ai remarqué que dans ma panoplie de tours de cartes divertissants, un systématiquement me permettait d'avoir le commentaire suivant juste avant le climax: "c'est impossible...".
Ce tour, c'était une variation sur le Biddle ou une fois la carte choisie et perdue, un petit nombre de cartes (dont celle du spectateur) étaient emprisonnées dans ses mains.
J'annonçais alors exactement ce qu'il allait se passer: La carte devient invisible, je la prends, je la replace dans le jeu après l'avoir retournée.
Et systématiquement, lors du creshendo des révellations, avant l'étalement du jeu, j'entendais un ou deux "c'est impossible"
J'ai donc pas mal cogité pour comprendre pourquoi ce tour provoquait ces réactions et je pense avoir compris.
Lors des tours ou le climax réel et la fin imaginée sont divergents, le spectateur est surpris.
Il sera amusé, mais une fois la surprise passée, rien ne pourra l'empêcher de cogiter pour savoir à quel endroit il a été berné. Et même s'il trouve une soluce farfelue, rien ne viendra la démentir.
Lors d'un tour ou le climax est annoncé, le spectateur est attentif et celui qui a envie de chercher ne se privera pas de le faire pour te voir mettre en oeuvre les moyens te permettant de réaliser l'annonce. Hors, si tu as structuré ton tour de manière à ce que tout le sale boulot se soit fait de manière discrête (choix des techniques) en amont de l'annonce, rien ne lui permettra d'échafauder des hypothèses ou s'il en échafaude, mêmes farfelues, rien ne viendra les confirmer au fur et à mesure du déroulement du tour.
La surprise, le climax, ne viendra pas d'un contre pied, mais du fait que réellement tu ais pu réaliser l'annonce dans des conditions impossibles.
Pour en revenr à l'ambitieuse, c'est exactement la même chose, et certainement une raison de son succès. La première fois, le spectateur peut imaginé que tu n'as pas pris la bonne carte, la deuxième que tu ne la met pas au centre du jeu... et chaque fois, si la technique est impécable et la structure du tour réfléchie, chaque fois il y aura infirmation de ses hypothèses. Seul bémol, la manutention se fait en direct et ne souffre pas l'a peu près.
Card Puzzle de Vernon est de ce type de tours.
C'est un peu également le principe du couteau de Romaric.
Dans un autre registre les anneaux chinois: les spectateurs imaginent un trucage et l'effet prend corps quand ils ont les anneaux entre les mains.
Arnaud a écrit :Pour les variables sur lesquelles jouer, je ne crois pas que cette liste existe, cela dépend de la personnalité du magicien et des types de public, ainsi que le relationnel existant entre eux. J'ai développé des routines et des enchainements seront les différents stimulis que je perçois afin d'établir des rythmes de spectacles selon les buts que je me suis donné. Mais cela demanderait des pages et des pages de forum pour expliquer ce qui est de l'ordre des ressentis et des sensations
Pourtant, dans le cas d'une carte perdue et retrouvée, outres les variables internes propres au spectateur (culture, connaissance, esprit de déduction, sensibilité...) sur lesquelles on ne peut agir, le nombre de variables externes n'est pas si important.
Armée de ma petite réflexion, je m'étais amusé à mettre au point toute une routine de carte perdue et retrouvée en augmentant les contitions d'impossibilité de réalisation au fur et à mesure:
- carte choisie et retrouvée après une série de coupe réalisée par le magicien.
- carte choisie et retrouvée après une série de coupe réalisée par le spectateur.
- carte choisie et retrouvée après un mélange par le spectateur.
- carte vue et retrouvée.
- carte pensée et retrouvée.
A chaque étape, je détruisais une hypothèse.
A chaque étape un e impossibilité supplémentaire malgré la connaissance du climax.
A la dernière étape, je pense, un peu de magie.
Cela peut être un début de liste.
Arnaud a écrit :Je vois souvent des collègues pour parler de ces problèmes passionnants et nous échangeons nos expériences. Par la parole ces sujets sont plus faciles à aborder car nous avons également l'illustration par les tours. Sur le forum, je pense que le support a malheureusement ses limites dans ce cas
Bien d'accord, mais cela n'empêche pas d'essayer, Lamorlaye c'est pas la porte à coté.
Mon expérience n'est que personnelle et assez réduite, mais cela m'intéresse d'avoir ton point de vue.