Bonjour Luc Langevin.
Langevin a écrit :Ursula, vous écrivez:
"N’importe quelle personne ayant pratiqué la prestidigitation et ayant un minimum de recul et d’analyse sur sa pratique vous dira également qu’il suffit d’un jeu Brainwave, ou de n’importe quel tour acheté chez le marchand du coin, et d’un bon contact avec le public pour devenir le centre d’intérêt d’une soirée ou la nouvelle référence de la magie en France."
Ayayaye ! Je suis en total désaccord ! J'ai de la misère à croire qu'on puisse dire une telle chose ! D'abord je ne pense pas qu'il soit si simple d'avoir "un bon contact avec le public", c'est d'ailleurs ce que la grande majorité des magiciens n'ont pas. Pour obtenir le rôle dans "Comme Par Magie", j'ai dû passer une audition dans laquelle j'étais en compétition avec plusieurs des magiciens les plus expérimentés du Québec. En tout nous étions une trentaine et nous étions jugés par des gens de la télé mais également par des magiciens. Leur choix s'est unanimement arrêté sur moi. Si c'était si facile de devenir "le centre d’intérêt d’une soirée ou la nouvelle référence de la magie en France", il y aurait beaucoup plus de magiciens à la télé et dans les salles de spectacles. Vous semblez dire qu'il est donné à tous le monde d'être un bon orateur, un bon animateur. C'est tout simplement faux.
Je n’ai jamais dit que le contact avec le public était simple. J’ai dit que si l’on avait ce bon contact, n’importe quel tour intéressant dans l’effet suffisait pour devenir ce centre d’intérêt.
Je suis d’accord avec vous, le contact est certainement le plus difficile à avoir, en tout cas bien plus difficile que la « maitrise » d’un effet automatique de magie.
Le corolaire, c’est qu’à la TV il est plus facile de passer si l’on a ce contact ainsi qu’une certaine verve que de passer si l’on est un bon magicien techniquement. Une bonne gueule et la tchatche remplace avantageusement quelques années de pratique et de réflexion.
Cela n’est en rien une réflexion qui vous concerne, c’est un constat général basé sur mon expérience personnelle en table à table entre autre, ou les retours sur « le magicien de la soirée » étaient plus qu’élogieux alors qu’avec le recul, mon travail ne cassait pas trois pattes à un canard.
Langevin a écrit :Concernant la question de l'appréciation du public, encore là je ne peux pas croire qu'on puisse dire que "l’appréciation du public devrait être le cadet des soucis d’un artiste". D'une part, un artiste qui dénonce, innove, crée ou fait n'importe quelle autre sorte de deuxième niveau dans ses oeuvres tient à ce que ses propos soient vus, lus ou entendus. Autrement ses oeuvres n'ont aucun impact sur la société et la démarche est tout simplement inutile.
D'autre part, un artiste doit évidemment trouver son public mais il doit également lui plaire s'il veut le garder, ne serait que pour faire évoluer son oeuvre. Pourquoi avoir un public qui déteste ce que vous faîtes ? C'est un non-sens ! Dans le cas d'un art de scène ou d'interaction comme celui de la magie, la "séduction" du public est essentielle selon moi. .
Nous n’avons tout simplement pas la même définition de l’artiste et de l’œuvre artistique.
Si ce que vous dites est vrai, un Van Gogh ne serait pas mort dans la rue, Brel aurait fait de la soupe ou abandonné au lieu de persévérer malgré les claques prises.
Si l’artiste a besoin de séduire, ce n’est plus un artiste.
Un artiste crée parce qu’il doit s’exprimer et choisi un moyen d’expression parce que c’est ce qu’il sait faire de mieux. Il ne se focalise pas sur son moyen d’expression, il l’utilise. Il sert son art non parce qu’il le rend accessible au plus grand nombre, mais parce qu’il l’amène à un certain niveau par sa différence ou son exécution, l’étude et la compréhension qu’il en a …, mais certainement pas par le nombre de ses spectateurs.
Je le pense, l’artiste ne va pas chercher à s’adapter au public pour avoir du succès, c’est le public qui le suit parce qu’il se reconnait comme cela l’a été pour Brel. Et s’il n’a pas de public, il reste dans l’anonymat et la rue mais reste un artiste, comme Van Gogh.
Pour le performer, c’est certainement différent, mais les objectifs et les moyens ne sont plus les mêmes.
Langevin a écrit :Pour ce qui est du côté artistique de ce que je fais, les extraits sur le web ne sont pas les meilleurs exemples. J'ignore si vous pourrez ouvrir ce lien à partir de l'Europe mais si c'est le cas, je vous invite à visionner cet épisode d'une heure:
http://www.radio-canada.ca/special/port ... ?id=127105Il s'agit d'une émission spéciale que nous avons fait avec des vedettes québécoises. J'imagine que vous ne connaissez pas ces vedettes mais je crois qu'on peut apprécié l'émission tout de même.
L’émission recadre certainement les choses.
Il y a de fort belles adaptations ce qui fait de vous un performer très agréable à regarder, le charisme et le plaisir que vous prenez sont évident, ainsi que le plaisir qu’ont vos spectateurs et le coté technique vous différencie du magicien lambda. C’est de la belle magie et de la bonne publicité qui doit faire du bien au milieu professionnel de Québec .
Si un bon artiste est un bon interprète tels que peuvent l’être les interprètes de chansons, il y a à coup sur un coté artistique.
Si l’artiste, c’est le créateur le novateur ou l’interprète ultime, c’est moins évident.
Langevin a écrit :Je pense que nous sommes d'accord pour dire que la télé n'est pas la meilleure vitrine pour des oeuvres artistiques. C'est pourquoi je trouve incorrect que vous jugiez de mon talent.
C’est sur.
Mes plus plates excuses pour les propos ci avant.
Langevin a écrit :Jugez l'émission comme vous le voulez, mais garder vos opinions de la valeur artistique de ce que je fais pour le jour où vous verrez mon spectacle sur scène.
C’est vous qui avez amené sur le tapis la valeur artistique de vos prestations télévisuelles.
De mon coté, je n’ai évoqué qu’un ressenti devant ce que je vivrais comme une agression de la part de quelqu’un m’arrêtant dans la rue : Pensez à quelqu’un proche et décédé. Il s’appelle georges !!! Oui, bon, et alors ???
En ce moment, c’est la grande mode Bizarre Magie ou le gore et la violence de l’effet ne servent qu’à masquer la pauvreté artistique de l’interprète. Votre prestation sur cet effet, s’inscrit, pour moi, dans la même veine et la présentation brute m’a profondément choqué. La réponse au « comment vous faites » m’a achevé.
Mais c’est avec plaisir que je viendrais voir votre spectacle sur scène non pas pour juger, mais pour me divertir et passer, je l’espère, un moment magique.
Langevin a écrit :"De même le format TV allié au format street n’oriente pas vers une magie tournée vers le spectateur". Encore là je suis en total désaccord ! D'ailleurs la réaction des gens face aux numéros dans l'émission constitue environ 50 % du spectacle. Les émissions de "street magic" sont d'ailleurs la seule forme de divertissement relié à la magie qui met l'emphase sur les réactions des gens qui vivent le tour. C'est justement ce qui permet aux téléspectateurs de vivre les tours par procuration, de s'identifier à l'émission et de passer un moment agréable.
Mettre l’emphase sur les réactions des gens ne veut pas dire que l’on s’intéresse à eux. On s’intéresse à leurs réactions et à l’impact et répercussions de ces réactions sur les téléspectateurs.
Cela ne veut pas dire qu’ils passent un mauvais moment et qu’ils ne prennent pas de plaisir, je redis que la magie est divertissante en soit, cela veut dire qu’il faut une réaction forte comme la surprise et l’interrogation et que l’on met en œuvre ce qu’il faut pour les obtenir. Ces réactions sont obtenues grâce à un « exploit technique ou visuel» du magicien type claque dans la figure. Les réactions telles que l’émerveillement sont certainement moins télévisuelles et plus difficiles à obtenir dans la rue car elle ne relève pas uniquement du magicien, mais de la sensibilité du spectateur. C’est dans ce sens que je fais le distingo.
Langevin a écrit :Et puis (selon moi toujours), la phrase "Comment faîtes-vous ?" ne flatte pas plus l'égo du magicien que l'imaginaire du spectateur. Si le spectateur se questionne à savoir comment ce qu'il vient de voir est possible, c'est justement parce qu'il vient d'être témoin d'une illusion réussie qui a su capter son intérêt. Ça ne l'empêche en rien d'imaginer quoique ce soit !.
Peut être. Mais avec ce format et ce lieu, l’imaginaire ne risque t’il pas d’être mis à profit plus pour trouver le truc que pour se laisser aller ?
Cela n’a rien avoir avec votre prestation, mais le format et le lieu laissent ils la place à autre chose qu’une émission de divertissement ? Si non, quid du message ?
D’ailleurs quid du message sur le paranormal ou « les choses ne sont pas forcément ce qu’elles semblent être » quand on se présente comme illusionniste et qu’il n’y a pas de doutes sur les moyens utilisés.
Gary Kurtz a, semble t’il, choisi de laisser planer le doute. La position est moins confortable face au milieu de l’illusionnisme, mais sa magie n’en a-t-elle pas plus de force ?
Langevin a écrit :Finalement, en ce qui concerne mon émission, j'invite ceux qui prétendent pouvoir faire mieux à aller proposer leur candidature aux maisons de productions. Si vous êtes si talentueux, pourquoi ce n'est pas vous qui a été sélectionné pour être la nouvelle sensation de la France ? Et pourquoi ne faîtes-vous pas compétition à ces gens que vous critiquez puisque vous êtes meilleur ? Je n'essais pas d'être arrogant ici, je souligne le fait qu'il est facile de critiquer lorsqu'on regarde ces émissions dans le confort de son salon sans être dans les chaussures de ces magiciens qui vivent quotidiennement avec la pression et les critiques.
Avoir une opinion différente sur la magie ne veut pas forcément dire être meilleur ou vouloir rentrer en compétition.
Peut être existe-t-il une vision de la magie (de l’art magique ?) qui ne se satisferait pas d’une audience télévisuelle ou des concours de congrès.
Peut être aussi qu’il existe des gens dont le but n’est pas de devenir cette nouvelle référence française de l’illusion.
Ce qui avait généré mes premières réactions était le hiatus profond entre le discours sur le paranormal et le classicisme ou l’inexistence de la présentation, plus axée (mais c’est un ressenti personnel) sur le « regardez ce qui va se passer » ou « regarder ce que je vais faire » que sur ce paranormal et une scénarisation de fausses solutions.
La présentation de Derren Brown me semble plus en adéquation avec ce type de message, mais la encore l’exercice est périlleux et sujet à controverse puisqu’il laisse planer le doute.
Apporter une contradiction ne veut pas dire que l’on reste improductif dans sa réflexion sur la magie.
La seule chose qui est plus confortable, c’est de ne pas avoir à dépendre de la magie pour vivre. Cela laisse une liberté et un droit à l’erreur dans notre recherche magique, chose que vous n’avez peut être plus autant, du moins pas lorsque certaines contraintes vous sont imposées.
Merci encore pour votre participation à cette discussion.